Willy Chavarria fait rayonner la culture chicano à Paris

Avec Tarantula, Willy Chavarria transforme le vêtement en manifeste politique. Entre coupes sculpturales et références aux identités latines, le designer américain d’origine mexicaine compose une ode à la dignité et à la résistance.

Crédit photo : Willy Chavarria

Esprit conféré par le lieu, la collection automne-hiver 2025-2026 de Willy Chavarria se pare d’influences néo-baroques en défilant dans la cathédrale américaine de Paris. Avec le chiaroscuro comme fil conducteur, les notes du défilé expliquent que : « Tarantula exprime un clair-obscur audacieux qui dépeint la beauté de l'existence, la résistance et la persistance ». Le ton est donné.

Pour le défilé de ses 10 ans, le créateur d’origine mexicaine utilise une nouvelle fois les vêtements comme porteurs de voix et d’histoires. Ici, la coupe oversized se fait armure et les épaules sont exagérées, en rappel aux silhouettes dandys des Pachucos des années 1940. Chavarria joue sur les contrastes : les pantalons taille haute, associés à des blousons courts, allongent la silhouette avec une puissance dramatique. Alors que les drapés fluides insufflent une douceur inattendue à l’ensemble. « La culture cholo a commencé dans les années 40 avec les Pachucos et a évolué vers ce que nous voyons aujourd'hui dans le hip-hop et la culture du skate ». explique le designer à Forbes, avant de poursuivre : « Nous rendons hommage aux styles classiques en les élevant à leur plus haut niveau. Il y a beaucoup d'influence de cette époque, associée à une confection fine, des tissus luxueux et un développement méticuleux des motifs ».

Crédit photo : Willy Chavarria

Capter les références

Dans le lexique de la marque on retrouve les termes cholo et chicano, tous deux marqueurs d’identités culturelles fortes. Si chicano était employé pour se référer de manière dénigrante aux personnes d’origine mexicaine, les luttes pour les droits civiques des années 1960 (El Movimiento) ont permis aux mexicano-américains de se réapproprier le vocable avec fierté. Chavarria inscrit Tarantula dans cette continuité en représentant des communautés dont l’histoire et les traditions se reflètent dans les textures et les volumes de la collection. Ainsi, les pantalons aux coupes amples s’inspirent des zoot suits. « Le zoot suit était l'uniforme des personnes non-blanches à l'époque, et il est devenu illégal de le porter », explique Willy Chavarria à SSENSE. « Il s'est transformé en un look qui est resté dans l'identité chicano comme un moyen de définir un territoire en prenant de l'espace. ».

Crédit photo : Willy Chavarria

Etendre le message à l’Europe

Défilant pour la première fois à Paris, Chavarria impose son esthétique sur une scène où les cultures latino-américaines restent sous-représentées. « Paris nous permet d'entrer en contact avec des personnes issues d'un nouveau territoire et de délivrer un message universel d'empowerment et d'inclusion. », confie le créateur. Tee-shirts arborant des messages de fierté et croix catholiques transformées en talismans : chaque élément incarne une revendication. Et ce jusqu’à la bande son du défilé qui reprenait le sermon engagé de l’évêque Mariann Budde lors de l’investiture de Donald Trump.

Il est vrai que Tarantula n’est pas qu’un exercice de style. Le défilé de Chavarria s’inscrit dans un contexte où les tensions migratoires aux États-Unis s’intensifient. Dans le même temps, les populations d’origine mexicaine continuent de faire face à des politiques répressives et à des représentations biaisées dans les médias. En réponse, le designer utilise la mode comme un langage de contestation.

Crédit photo : Tokischa lors du défilé Willy Chavarria

Entre tailoring rigoureux et pièces plus streetwear, Willy Chavarria prouve que la mode peut être à la fois politique et poétique.

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